Quand on naît en banlieue, quelles sont les chances de s'en sortir ? De réussir ? En quoi la cité d'aujourd'hui est-elle différente de celle d'hier ? L'écrivain et réalisateur Samuel Benchétrit raconte son parcours de cancre et analyse la mutation des banlieues françaises.
Comment, selon vous, la situation s'est-elle dégradée depuis quinze ans dans les quartiers ?
La deuxième, voire la troisième génération de gamins, est née dans la dégradation des immeubles, alors que moi, j'étais né dans le neuf. Autour d'eux, tout s'effondre. Leur décor devient laid. Les gosses voient aussi toutes les images négatives sur la banlieue qui passent à la télé. Ils ne comprennent pas ce qu'ils foutent dans cette zone : parce qu'en réalité ils se comportent bien ! Ce qui s'est passé l'année dernière ? Des milliers de jeunes qui se déchaînent, non pour se marrer, mais pour dire : « Où on vit, c'est moche, aidez-nous ! » A Paris zéro réaction. Pas une manif. Trois mois plus tard, le CPE est là et on voit des millions de personnes dans les rues ! Je comprends que les mecs des quartiers soient énervés. J'ai fait une tournée des écoles en banlieue : ils sont quarante par classe, les profs sont déprimés, ils manquent de matériel... c'est terrible ! Ça va recommencer. Personne n'a écouté. J'ai l'impression qu'il y a une grande tranchée entre Paris et la banlieue.
Un grand nombre de gens issus de la banlieue ont réussi : artistes, sportifs, chefs d'entreprises... Peut-on imaginer qu'un jour des gens nés dans les quartiers parviennent à conquérir le pouvoir politique et à diriger la France ?
Ce serait épatant. C'est peut-être pour ça qu'un type comme Sarkozy ne peut pas en supporter l'idée, l'idée que ces gens-là pèsent un jour sur la société ! J'aime bien cette phrase qui dit : « Si les élections changeaient quelque chose, elles seraient depuis longtemps interdites.» Je ne vote pas, mais j'ai des principes civiques : je suis fier de payer mes impôts...
Source : Magazine GEO
Propos recueillis par Jacques Denis.
